# Critique Roman

L’Éternel de Joann Sfar

Vous connaissez certainement Joann Sfar pour son travail de dessinateur. Le Chat du Rabbin, pour ne citer qu’elle constitue l’une de ses œuvres les plus célèbres, d’autant plus qu’elle a été adaptée récemment au cinéma par ses soins. L’auteur se lance aujourd’hui dans un autre genre, puisqu’il publie son premier roman – sans illustration !, L’Éternel.

Je ne connaissais Joann Sfar que pour son travail de dessinateur, et n’aurais pas pensé qu’il se serait lancé dans un roman dès son premier opus littéraire. Et pourtant, L’Éternel n’a rien d’une nouvelle ni d’une ébauche. Au programme, une histoire de vampires pas tout à fait dans l’air du temps. On connaît bien sûr les Twilight, Vampire Diaries, Buffy, True  Blood – si bien que ce pauvre Bram Stoker semble aussi oublié que le Nosferatu d’antan – et autres suceurs de sang destinés aux ados, mais les vampires juifs, c’est une nouveauté, et pas des moindres.

Devenir vampire, oui, mais sans se faire mordre

L'EternelL’histoire suit le trajet de Ionas, un jeune soldat de Petite Russie entraîné comme officier dans la première guerre mondiale, sur le front russe. Au côté de son frère Caïn, jouisseur patenté, il mène une vie d’ascèse en attendant de retrouver sa bien-aimée à Odessa, Hiéléna. L’antithèse parfaite entre la brute assoiffée de sang et de sexe, et le romantisme poussé à l’extrême. Parce qu’il faut bien mourir pour devenir vampire, les combats de 1917 rattrapent les frangins : Caïn, batailleur mais pas téméraire, survit au combat, quand Ionas met un point d’honneur à s’investir dans un combat perdu d’avance. Il tombe sous les balles allemandes, et fin de l’histoire « terrestre » du jeune homme. Car voilà : quand son frère, parti annoncé à Hiélina la mort de son promis, finit par épouser la belle, Ionas se relève de son charnier : le voici vampire, découvreur de son état, et résolu à se faire aimer de sa belle. Lorsqu’il découvre sa peau grisâtre, son crâne chauve et ses dents pointues, il perd espoir, et préfère se dévouer à un amour contemplatif, voire à la protection de la jeune femme. Et pour cause : une femme vampire serait à ses trousses.

La psychanalyse du vampire

Joann Sfar ne se contente pas de créer un personnage de vampire : il lui ajoute un judaïsme mal vécu, empreint de questionnements, de culpabilités, de non-dits et de traditions. L’auteur explore la question de l’Éternel par le biais d’un personnage condamné à vivre à jamais, transposée à la question de Dieu. Mi psychanalyse d’un vampire, mi psychanalyse d’un Juif, le roman explore des pistes intéressantes chères à l’écrivain-dessinateur. Un brin bavard, parfois pas très cohérent (un vampire très sérieux qui emploie le verbe « zigouiller » ou autres  tournures familières et humoristiques, ce n’est pas toujours très sérieux), le roman souffre même de quelques longueurs. On reste d’ailleurs perplexe devant la deuxième partie du roman, située à notre époque, témoignage d’une audace littéraire autorisant Sfar à matérialiser ses lubies – ou plutôt à conférer l’éternité à ce cher Lovecraft (tout de même mort en 1937).

 reste néanmoins un premier et bel essai dans le monde du verbe, jouant intelligemment avec les codes du roman de vampire.

Note sur 10 7
Joann Sfar ne sait pas que dessiner, c'est une certitude. D'ailleurs il aime tellement les mots qu'il se laisse parfois un peu emporter ! Mais l'originalité du roman, qui renouvelle intelligemment les vieux codes du roman de vampires, laisse un goût de reviens-y.
  • Enfin un vampire sans cheveux et à la peau grise !
  • Des thèmes originaux et bien exploités
  • Un petit côté gore pas désagréable
  • Quelques longueurs : on a affaire à un vampire perturbé, qui réfléchit donc beaucoup !
  • Une deuxième partie moins convaincante

à suivre

Commentaires

Une réponse à “[Critique Roman] L’Éternel de Joann Sfar”

  1. Jenni dit :

    Je viens tout juste de le terminer aussi et vraiment j’ai bien apprécié ce premier roman moi qui ne connaissais rien de l’oeuvre de Joann Sfar. J’ai aimé le vampire à contre courant et complètement pathétique mais nettement moins les passages un peu trop longs où il était question de religion.