# Critique Musicale

Disiz – Transe-Lucide

Disiz-Transe-Lucide

Pression !
Pour mon premier article en tant que chroniqueur sur VieDeGeek, j’ai décidé un peu sur un coup de tête (et surtout sur un coup de cœur) de vous parler de l’album Transe-Lucide de Disiz. Sauf que je n’avais pas envie de vous faire une simple critique pour dire que tel ou tel morceau est bien ou non, sans pour autant partir dans une introspection vous expliquant pourquoi je trouve que Disiz devrait être étudié dans les collèges au même titre qu’un Oxmo Puccino par exemple.

Ah.
Oui.
Je m’appelle Spry, et voici ma chronique. (Insérez mentalement le gimmick sonore de Law & Order, je vous jure, ça fait bien).

Son nom à lui c’est D.I.S.I.Z, oui, tu l’as deviné !

Donc comme je le disais plus haut, faire une simple critique musicale de l’album Transe-Lucide est une mission extrêmement compliquée, car ce nouvel album clôt avant tout une trilogie débutée en 2012. Et ne pas mettre dans son contexte le pourquoi de cette dernière reviendrait à parler d’un épisode lambda de Doctor Who sans parler de son univers, des enjeux de la saison, etc. (Cette comparaison hasardeuse est sponsorisée par le rédacteur en chef de ce blog que je ne citerai pas pour préserver son anonymat).

Bref, comment parler de Transe-Lucide sans l’associer à Lucide (mars 2012) et Extra-Lucide (octobre 2012), pièce en trois actes parlant avant tout de la renaissance d’un artiste arrivé précédemment au bout d’un cycle ? Car oui, Disiz (anciennement “Disiz La Peste”, je ne vous apprends rien) a vécu musicalement le haut et le bas, avant de quitter le rap pour mieux y revenir après les expériences qu’étaient le projet Klub Sandwich (en collaboration avec Grems, Son of Kick et Simbad) ou l’album “Dans le ventre du crocodile” sous le pseudonyme de Disiz Peter Punk.

Et c’est la somme de toutes ses expériences personnelles et musicales qui transpire dans l’aventure qu’est “Lucide / Extra-Lucide / Transe-Lucide” ; Disiz y raconte tout simplement sa vérité quand le rap français a tendance à jouer un rôle à coup de lunettes noires dans le désert ou de gros muscles mis en scène entre deux murs d’une cité d’Île-de-France. (Cette comparaison hasardeuse est sponsorisée par moi-même pour préserver ma vie).

Mc-Solaar-lemouv

Petite parenthèse très utile : il faut savoir qu’il n’y a pas longtemps, Le Mouv’ et L’abcdr du Son faisaient un très long article à l’occasion des 20 ans de la sortie de l’album “Prose-combat” de MC Solaar, pour y découvrir le contexte, les coulisses, et d’autres anecdotes expliquant pourquoi cet opus est important dans l’histoire du rap français. Dans la conclusion de ce dossier, on notait une fois de plus l’absence de l’artiste dans le paysage musical actuel (en dehors de sa participation annuelle au spectacle des Enfoirés), et en sous-texte, on pouvait aussi comprendre que l’intelligence du monsieur, en plus de ne pas être reconnu par ceux qui squattent les chaînes musicales de musique hip-hop, manquait tout simplement à la musique.

Toutes proportions gardées, comment ne pas faire le parallèle avec le paradoxe que représente Disiz (et pourtant tant d’autres) dans le paysage musical d’aujourd’hui ? À plusieurs reprises dans ces textes, il explique qu’on associe sa musique à du “rap d’intello” et qu’il faudrait peut-être simplifier le message, ce à quoi il se refuse avec une certaine habileté jusqu’à présent.

Et sinon, tu nous parles de l’album à un moment ?

Ah oui pardon, je me suis un peu laissé emporter.
Alors… Comment dire… Si je devais pinailler, je dirais que le fond (l’écriture) l’emporte d’un pouce sur la forme (la musique). Comprenez par là que si l’ensemble est cohérent, il sera plus difficile de fredonner la musique que de citer un texte en particulier. Et des bons mots, en plus que d’excellentes réflexions sur la simple condition de l’homme, il y en a en pagaille sur cet album.

Au-delà de ça, on appréciera que Transe-Lucide n’est pas un album à faire hurler dans une voiture aux vitres teintées pendant l’été. Au contraire, il s’agit là d’une œuvre qu’il faut prendre le temps de découvrir, à la lumière des deux précédentes, voire de la discographie entière.

Car s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à ce volet, c’est sa cohérence. J’en veux pour preuve le morceau “Rap Genius” qui, sorti de l’album, ressemble à un titre rap basique avec son ambiance fumigène dans la nuit. Et pourtant, placé entre le fou “Kamikaze” et le criant “Fuck les problèmes”, il devient un chapitre de la biographie (é)mouvante de Disiz.

Bien évidemment, les plus sensibles apprécieront les morceaux d’Amour que l’artiste distille avec la même force depuis “Le Poisson Rouge”. “Kadija” et “LUV (Prends le risque d’aimer)” démontre une fois de plus qu’on peut parler de ce thème comme d’un autre, et que seule la sincérité compte.

Au niveau des collaborations, en plus de Mad qu’on retrouve sur deux titres (“Miskine” et “Spirales”) on notera la présence de Simon Buret, chanteur du groupe Aaron, sur “Complexité Française”. Une preuve de plus de l’ouverture de l’artiste (parce que chanter avec Yannick Noah, moi, je trouve ça pas mal !) quand certains s’obstinent à ne chanter qu’avec des artistes du même label et du même genre musical. (Cet article ressemble de plus en plus à une attaque en règle de l’industrie du rap ou je rêve ?).

Maintenant, est-ce le meilleur album de Disiz ?
Est-ce celui qui mérite un autocollant “Album de la maturité” dans Télérama ?
J’ai bien envie de vous dire que ça dépend de votre état d’esprit du moment. Si vous avez juste envie de vous divertir, fuyez vers l’album “G I R L” de Pharrell Williams, vous en aurez pour votre argent. Mais si vous avez besoin de fond, d’une conversation avec un auteur et surtout vous-même (car la force des textes de Disiz, c’est qu’on en arrive à faire le point sur sa propre vie), laissez-vous faire.

Et puis ça coûte quand même moins cher qu’un psy.

P.S : Je ne comprends pas pourquoi le morceau “Transe-Lucide” qui donne son titre à l’album n’est pas dans la playlist.
C’est con.
Je l’aime bien ce titre moi.

 

à suivre

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