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jeudi 13 mai 2010

[Critique Ciné] : La disparition d'Alice Creed

disparition_alice_creed_03.jpgLa dernière projection en date du Club 300 Allociné nous invitait à découvrir ce long métrage aux accents britannique : La disparition d'Alice Creed. Je n'en avais jamais entendu parler auparavant et c'est donc totalement vierge d'information que je me suis empressé pour voir où allait nous emmener cette disparition.

L'histoire

Deux hommes (interprétés par Eddie Marsan et Martin Compston) kidnappent un beau jour la jeune Alice Creed alors qu'elle sort de chez elle. Pourquoi elle ? Dans quel but ? C'est ce que nous réserve la suite du film... disparition_alice_creed_02.jpg

Le film

Malheureusement je ne peux pas aller beaucoup plus loin dans l'intrigue sans risquer de dévoiler un pan de celle ci. Cette dernière étant prévisible, il vaut mieux vous laisser découvrir par vous même. L'initiative est cependant à saluer puisqu'on a vu bien pire en termes de film de kidnapping....mais on a également vu bien mieux. Eddie Marsan assure son rôle, survole les prestations de ses compères et par la même occasion sauve le film du naufrage total.
disparition_alice_creed_01.jpg Martin Compston quand à lui m'a énervé du début à la fin, déjà par son personnage, mais surtout son accent anglais à couper au couteau qui m'a agacé plus que tout.
Les premiers plans du film sans aucune parole sont propres et efficaces et nous permettent de nous plonger directement dans l'ambiance intimiste de ce thriller. Cependant l'effet ne dure pas et même si certaines scènes fonctionnent bien, d'autres sont d'une longueur inutile, lorsqu'elles ne frôlent pas la caricature. L'ensemble est cependant assez irrégulier et plombe une grosse partie du film et même si ce n'est pas catastrophique, c'est juste dommage...

Au final La disparition d'Alice Creed n'est pas un "mauvais" film. Il laisse même quelques regrets. Dont notamment celui d'avoir voulu jongler d'un twist à l'autre à outrance.

La morale sera donc celle ci : Trop de twist tue le twist.

En résumé :
Un thème qui me plait mais qui se perd ici dans huis clos alambiqué... Pas vraiment un mauvais film, mais peu de constance et de consistance.
La première scène et la dernière séquence
Les interventions de Vic (Eddie Marsan)
Trop intimiste.
Twist, sur twist, sur twist...
L'accent insupportable de Martin Compston
Note sur 10 :
4

jeudi 5 novembre 2009

[Disparition] Claude Lévi Strauss: Itinéraire d'un enfant visionnaire

Je n'ai pas coutume d'écrire sur des personnalités venant de nous quitter pour la simple et bonne raison qu'il est toujours délicat de rédiger un portrait hommage lorsque l'on connaît peu ou pas son parcours. Mais lorsque j'ai appris sa disparition ce matin en lisant le journal, j'ai senti l'envie de vous parler de cet homme plutôt discret et éloigné des projecteurs qu'est Claude Lévi Strauss. Et voici pourquoi.

levistrauss.jpg

Triste topic

Vous devez trouver étrange de trouver ces quelques lignes dans un blog où les sujets sont habituellement bien moins sérieux, davantage frivoles. C’est vrai et c’est même la raison pour laquelle vous venez lire sur ce blog. J’ai néanmoins la conviction qu’un geek, tout autant passionné qu’il est, est un individu par nature curieux par ce qui l’entoure et pour qui l’ignorance n’a pas de place. Je n’ai pas pour ambition pour autant de vouloir vous assommer sur toute la vie de Claude Lévi Strauss : les médias s’en chargent très bien. Je souhaitais juste vous présenter l’itinéraire d’un homme remarquable par sa vision de la société, fruit de son vécu parmi les différents peuples ethniques qu’il a rencontré durant sa vie que le temps n’aura réussi à rattraper que ce 30 octobre 2009.

tristes_tropiques_couverture.jpg

La vie en Strauss

Né le 28 novembre 1908 à Bruxelles de parents français, Claude Lévi Strauss rejoindra Paris afin de poursuivre ses études. Se destinant à une carrière politique, il finit par migrer au Brésil pour enseigner la sociologie à l’Université de Sao Paulo. C’est là bas qu’il trouve sa vocation d’ethnographe lors de ses études sur les peuples ethniques et sur les liens de parenté entre les individus. Il en découlera la rédaction de son ouvrage majeur « Triste Tropiques » en 1955. Je me souviens avoir lu cet ouvrage sur les conseils de mon professeur de sociologie en seconde en guise de référence incontournable sur l’étude des ethnies. Pour être honnête, je n’ai fait que le survoler, le sujet du livre étant bien loin de mes préoccupations principales à l’époque (ah ! l’adolescence !). Pourtant, au-delà du récit de son voyage au pays des indiens du Brésil, le livre de Lévi Strauss se démarquait des autres par sa manière particulière de dépeindre les populations rencontrées sous l’angle des relations entre parents et enfants, entre grands-parents et petit fils ou entre frère et sœur. Un œil nouveau qui fait ressortir les fondements des règles de nos liens familiaux à la base du contrat social. La suite, vous la connaissez : Lévi Strauss fera la rencontre de grands noms comme André Breton avant de se voir récompenser en intégrant l’Académie Française, après le Collège de France. Claude Lévi Strauss accède donc au panthéon des grandes personnalités qui ont influencé leur temps et ils sont rares.

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Un visionnaire immortel s'en est allé

Claude Lévi-Strauss ne faisait pas qu’étudier : il était aussi visionnaire. Tout au long de son existence, ses voyages dans les différents peuples lui ont permis de voir évoluer le monde sur un siècle. Un monde « qui tend à devenir surpeuplé, là même où il ne l’est pas encore ailleurs, parce que la densité même de la population se trouve démultipliée par l’accélération des moyens physiques de communication et des moyens intellectuels de communication» affirme-t-il. Dans un entretien pour l’ORTF (l’Office de Radio et Télévision) en 1972, il dresse déjà ce constat :

«(…) Nous avons tendance à devenir de plus en plus des consommateurs, et des consommateurs boulimiques, des richesses qui nous entourent, qu’il s’agisse des richesses concrètes de l’univers et que nous détruisons en les consommant, ou des richesses intellectuelles que nous absorbons avec une intensité, une rapidité beaucoup plus grandes que nous ne parvenons à les renouveler. »(Extrait: Le Monde)

«(…) Nous nous posons constamment le problème d’établir de meilleurs communications entre les hommes. Peut-être aussi une certaine surdité est-elle féconde du point de vue de la création véritable… Les grandes époques ont été celles où les hommes communiquaient suffisamment pour pouvoir se féconder réciproquement et où, en même temps, la communication se trouvait freinée et ralentie de manière assez substantielle pour qu’ils puissent tirer pleinement profit des avantages de la communication proprement dite. Enfin disons un monde où des Descartes, des Leibniz pouvaient communiquer entre eux, bien sûr, mais où les lettres mettaient plusieurs semaines à parvenir, était un monde peut-être mieux équilibré que celui nous vivons aujourd’hui. » (Extrait: Le Monde)

In His Hands

Ces propos reflètent indubitablement l'état des faits actuels. A l’heure où tout va plus vite, où Internet voit les limites des débits de réseaux s’envoler, que les moyens existants de communiquer entre individus n’ont jamais été aussi nombreux de toute l’histoire de l’Humanité (téléphone, fax, email, messenger,chat, réseau social, blog, micro-blogging, etc.), il est intéressant de constater à quel point nos actions et nos excès de tous les jours peuvent mettre en péril l'héritage déjà fragile que nous laisserons aux générations à venir. L’oubli des valeurs aussi primordiales que sont le « besoin » et la « suffisance » est un réel danger à l’heure où le mot écologie est sur toutes les bouches. C'est comme ça que Mr Lévi-Strauss nous a commencé à raconter ses histoires car c'était sa façon à lui de marquer durablement nos esprits sur les épreuves qui nous attendent: alors merci Claude!

A VOIR: France 5 rend hommage à Claude Lévi-Strauss ce jeudi 5 novembre à 20h30.